qui est Chahbi?

3 septembre 2018
Par Meryem

Amelle Chahbi est actrice et réalisatrice et on l'a rencontrée!

 

Alors dis-moi Amelle, qui es-tu?

Je m’appelle Amelle. Je suis comédienne, humoriste, réalisatrice. Je suis curieuse de tout et je ne m’interdis rien, j’essaie de faire des choses différentes. J’aime beaucoup le théâtre. J’ai monté « Amour sur Place et à Emporter » au théâtre et puis je l’ai adapté au Cinéma: ça traite du racisme qu’il peut y avoir entre deux communautés, noire et arabe. Quand on pense au racisme en France, on pense au racisme blanc envers les autres mais on ne sait pas qu’il y a un racisme entre ce qu’on appelle « les communautés »

Voilà, c’est que j’aime bien faire: faire des choses qui font rire pour faire réfléchir… sans être donneuse de leçons!

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Et tu es née où ?

Je suis née à Paris, au centre de Paris, dans un milieu modeste… et quand tu nais à Paris, tu deviens vite caméléon : en classe, j’étais avec des bourgeois… très petite, j’ai compris qu’il y avait des différences et l’humour dans ce contexte est une arme exceptionnelle… Ça n’a rien à voir avec les cheveux mais quand même… Au début, je faisais beaucoup de brushings pour ressembler à mes copines et puis j’en ai eu marre… un jour on m’a dit que j’étais très jolie avec mes boucles et j’ai eu un déclic, et j’ai arrêté!

Après, nos cheveux, il faut apprendre à les maîtriser: il faut s’en occuper, savoir les coiffer, maîtriser la boucle, comprendre comment avoir des cheveux en bonne santé, comment avoir les cheveux brillants… et pour ça il faut avoir de bons produits (clin d’œil)! Sinon très vite, ça ne va plus!

Quand je suis au Maroc, on ne comprend pas, on me dit « la Bergère » ou la  «mishkina »… parce que le Chic là-bas, c’est d’avoir son beau brushing! Et puis un jour j’ai dit « tant pis » à ma mère et à mon entourage!

Parce qu’ils ne comprenaient pas?

Beaucoup de gens dans ma famille, ma mère et mes tantes, portent le voile et sous leur voile elles ont soit un brushing, soit les cheveux attachés avec un élastique noir ou tu sais, LA pince bleueLe cheveu est très rarement assumé, lâché, libre! C’est peut-être une histoire d’éducation, liée au fait de ne pas vouloir se faire remarquer, quelque chose de pudique ou de modeste… C’est vrai que quand on débarque dans un café, avec les cheveux lâchés, on ne voit que nous!! A Paris, on début j’avais du mal:  on prend toute la place avec nos cheveux! D’ailleurs quand je vais au cinéma, j’ai toujours un élastique : j’ai peur de gêner, qu’on me fasse une remarque, qu’on me regarde!

 Et ton petit déclic, il est arrivé quand?

C’est lié à un amoureux qui m’a dit « je te préfère les cheveux bouclés »! Alors j’ai commencé à mixer. Dans ma vie privée, je les avais naturels, et en interview ou pour un rdv important, j’avais un brushing pour faire « proprette », pour être prise au sérieux: nickel, il fallait être toujours nickel!

Mais quand j’y pense maintenant, je trouve ça ridicule: en quoi les cheveux bouclés, ça fait pas nickel? Ça vient d’où ça? Maintenant les brushings, je les fais de temps en temps pour faire les pointes et puis pour changer de tête, pour m’amuser! Et puis, je sais aussi que le regard des autres ne m’importe plus!

C’est venu avec la notoriété ça? 

Oui peut-être… tu devrais lire le livre de Rokhaya Dialo (Afro!) où elle interviewe des gens soit rebeus soit noirs sur leurs cheveux…

Oui je l’ai parcouru, il y a aussi Leila Slimani dedans…

Ah oui, Leila Slimani: j’étais tellement fière! Tellement fière de la voir avec ses frisettes en couverture du magazine Elle. Tu vois, nous, on est souvent réduites à des stéréotypes physiques: genre la brunette frisée qui peut être un fantasme physique mais pas du tout une intellectuelle! Et là, elle a eu le Goncourt et elle y va avec ses cheveux assumés! 

Alors je vais te poser nos questions habituelles :

 -       Est-ce que tu as un Hair Flop? Une fois j’étais invitée à un week-end à La Baule: j’étais tellement « en brushing »! Le mec qui m’invitait, il pensait que j’étais la fille aux longs cheveux noirs et raides! Et là, il me propose de faire du jetski, je refuse, il insiste et ça n’a pas loupé: je suis tombée à l’eau, et là, retour à la bouclette! C’était ambiance «mensonge sur la marchandise »! C’était un mélange de rigolade et une petite leçon de vie:  il ne faut pas mentir sur qui on est! J'ai fait la belle et je me suis retrouvée comme un chien mouillé, avec la coupe de Maradona

-       Et un Hair Top? Quand l’homme qui est le père de mon fils m’a dit « je t’aime comme tu es »! C’est vrai, quand quelqu’un t’aime vraiment, il t’aime comme tu es!

-       Un Hair Tips? Petite recette de grand-mère: je mets un oignon rouge (en option avec de l’ail) dans un mixer, je le mets dans un collant et frotte le crâne avec, et je laisse poser toute la nuit… Bon il faut pas avoir de rdv dans les 2-3 jours qui suivent (attention l’odeur) mais ça rend le cheveu plus dense! Je fais ça 2 fois par an! Parce que c’est ça nos cheveux: on a l’impression qu’il y a en a beaucoup parce que c’est volumineux mais c’est souvent creux à l’intérieur! On cherche toute la densité! 

Sinon, deuxième conseil: c’est le fameux peigne afro, qui permet d’avoir plus de volume… c’est un super effet d’optique! 

Dernière question qui n’a rien à voir avec les cheveux, comment es-tu devenue comédienne?

Je suis née au Centre de Paris, pas en banlieue. Très jeune, j’ai vu Cyrano de Bergerac à la Comédie Française: j’ai su que c’était ça ce que j’avais envie de faire. J’ai fait l’école de théâtre et j’étais certaine que je pouvais gagner ma vie avec! Je savais ce que je voulais, j’étais déterminée et je suis allée au bout… je travaillais le mercredi pour gagner ma vie et puis je ne sortais pas! C’est comme ça que j’ai commencé à avoir mon cercle d’amis, mon réseau!

Et tes parents ont accepté? Je veux dire, habituellement dans les milieux d’immigration, l’ascension sociale, elle passe par des métiers plus traditionnels dans la médecine ou autre?

J’étais à l’école puis au lycée à Montorgueil et ma mère, qui est traditionnelle et qui a toujours porté le voile, côtoyait les bobos du quartier, les mamans de mes copines! Cela lui a donné une ouverture d’esprit… c’est sûr, on aurait été en banlieue, cela aurait été différent, il y aurait eu d’autres influences et on n’aurait pas eu accès aux mêmes choses…finalement tout ça c’est géographique !