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power is in the hair

3 juillet 2018
Par Meryem
 

Kenza est auteure, chroniqueuse, prof et productrice. Elle slashe vaillamment entre toutes ces activités, et nous livre ici les clés de son mantra: "Power is  in the Hair"!

 

J’ai la chance d’avoir des cheveux très ambitieux, mais je ne m’en suis pas toujours rendue compte. Pousser vers le sol ne les a jamais intéressés, ils ont toujours visé les étoiles. Si nous avons entretenu une relation complexe au fil des années et des modes, ma masse capillaire a toujours constitué un élément central et singulier de ma personne. Il a juste fallu comprendre quelques petites choses pour bien s’entendre :

1/ ne pas essayer de décider de ma coiffure, mes cheveux le font pour moi; 

2/ inventer, bricoler, bidouiller ses propres rituels beauté pour les bouclettes; 

3/ ne pas essayer de se peigner les cheveux le soir avant de dormir comme Wendy dans Peter Pan, sous peine de se réveiller en ressemblant à Angela Davis; 

4/ faire le deuil des queues de cheval dynamiques; dans une autre vie peut-être...

5/ se méfier des coiffeurs comme de la peste; 

6/ réaliser la portée politique d’une chevelure libre dans l’espace public; 

 

votre image

 

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votre imagecrédit photos: Merav Ben Loulou 

 

Le cheveu comme objet politique est peut-être un débat dont on s’est lassé aux Etats-Unis, lointaine contrée où les "nappy" vivent heureux sur Instagram [nda: le mouvement nappy est la dénomination francophone du "natural hair movement", né aux États-Unis dans les années 2000, et qui désigne des femmes noires souhaitant conserver leurs cheveux crépus], mais de ce côté de l’Atlantique c’est une tout autre histoire. Si la fougue de Myriam Fares [nda: chanteuse libanaise à la chevelure bouclée] a sans doute aidé à dédramatiser la boucle auprès d’une génération élevée au biberon Pantène pro-V, nous autres méditerranéennes du Sud, du Nord, sommes encore soumises à une définition de la beauté qui ne nous ressemble pas.

Doublement, coincés entre critères européens et arabes, ceux-ci convergent sur une même définition de la beauté capillaire: des cheveux raides, lisses et soyeux, de préférence longs. En tant que femmes aux cheveux non lisses, on nous a inculqué que notre version naturelle n’était pas acceptable en société, que nos cheveux n’étaient jamais vraiment coiffés, que ça ne faisait pas sérieux au travail, qu’il fallait les lisser pour un mariage et j’en passe. Alors on a plaqué, attaché, repassé, défrisé, brushingué, lissé, à la japonaise, à la brésilienne, à la kératine...

Si les pubs Pantène fonctionnent encore sur ma grand- mère, qui me demande régulièrement si ce ne serait pas mieux que je me lisse les cheveux 
« pour avoir la paix » - ou plutôt pour qu’elle aie la paix, il est certain que les choses ont beaucoup changé depuis mes 15 ans. Dans les médias, les films et surtout les clips, mais aussi dans les supermarchés avec enfin des produits dédiés à l’entretien de nos cheveux qui, derrière leur apparence envahissante, sont en réalité très fragiles. Aujourd’hui la frisette se porte de plus en plus, et les petites filles aux cheveux bouclés n’ont plus forcément les cheveux attachés.

Power is in the hair !