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Shéraze !

26 janvier 2020
Par Barbara

Shéraze Saïd est une comédienne Franco-Libanaise originaire du Sénégal. Elle nous raconte ici son parcours et ce qui l'a amenée à exercer aujourd'hui le métier qu'elle a toujours rêvé de faire. Entre Dakar - où elle a grandi, et Paris - où elle vit aujourd'hui, Shéraze nous parle de son enfance, ses racines, ses doutes, ses premières scènes, et de l'importance de la famille - et des familles! Et bien sûr, elle a également plein de choses à nous dire sur ses boucles...

 

Alors dis-nous Shéraze, qui es-tu?

Je m'appelle Shéraze et je suis comédienne. Je suis d'origine libanaise, et je suis aussi Sénégalaise car je suis née et j'ai grandi à Dakar. Mon pays et mon identité, c'est donc aussi et surtout le Sénégal! Il y a une importante diaspora libanaise qui y est installée - toute ma famille y vit encore. A 17 ans, après mon bac, j'ai quitté le Sénégal pour Bordeaux où j'ai étudié la psychologie. Je suis allée jusqu’en Master 1, et puis juste avant d’entrer en cinquième et dernière année, j’ai arrêté: c’était plus fort que moi, arrivée à la veille de cette dernière étape, j’ai réalisé avec effroi que j’allais être psychologue à 23 ans, et que ma vie allait se tracer, comme ça... Je prends conscience dans le même temps que ça n’était pas du tout ce que je voulais faire! Bien que la psychologie m’intéressait beaucoup - et m’intéresse encore aujourd’hui - mais je ne voulais pas en faire mon métier.

Tu as toujours su que tu voulais être artiste, comédienne?

Ça a toujours existé en moi, mais sans que je m'en rende vraiment compte. Toute mon enfance, j’ai joué à créer des spectacles avec mes cousins, et ma première fois sur scène c’était à 13 ans au spectacle de fin d’année de l’école. J’avais demandé à faire des sketchs d’Elie Kakou que j’adore, et que j’imitais seule dans ma chambre jusque là... Je faisais Madame Sarfati et pendant quelques années tout le monde m’a surnommé "Elie Kakou" à Dakar! :)). J’aime beaucoup l’auto-dérision, voire même être ridicule sur scène, ça ne me dérange pas, au contraire! J’ai aussi fait quelques scènes grâce au chant, une autre passion depuis mes 14 ans. Mais je ne l’ai pas exploré de façon pro. C’est plus personnel. Quand je chante j’ai la sensation que c’est une réelle exposition, une mise à nue... Alors je le garde un peu pour moi. Je n’ose pas vraiment y aller, pas encore :)
Et puis dans ma famille, du côté de mon père il y a une vraie fibre artistique, mais qui n'a pas forcément pu s'épanouir: problème générationnel, de pression sociale et/ou familiale.... Pour mes grands-parents, leurs enfants ne pouvaient pas être artistes, ni même des individus "originaux", c’était mal-vu. Malgré tout, ils ont tous plus ou moins cette fibre, et l’ont faite éclore, ou pas : ma tante Rama Simone Farah est aujourd’hui artiste peintre et créatrice de mode (elle a un atelier de tissage à Dakar, et a inventé une technique de tissage), elle a aussi construit et entièrement "designé" un hôtel à Dakar - le Sokhamon. Et puis mon père a écrit une pièce de théâtre entièrement en alexandrins lorsqu’il avait 30 ans, alors qu’il est gynécologue-obstétricien! J’adorerais pouvoir monter sa pièce un jour, et y jouer, pour qu’enfin "Le temps d’un Pacha" existe sur les planches !

Quel a été ton déclencheur pour te lancer?

À 23 ans, je me suis décidée à explorer l’envie artistique qui était en moi, à qui je n’avais fait aucune place. Après l’arrêt de mes études à Bordeaux, je suis rentrée à Dakar, où j’ai pris une année sabbatique et soulevé quelques questionnements. Ce n’était pas facile, et ma famille -surtout ma mère - a eu un peu de mal à accepter cette idée, plus par peur de ce métier "pas classique", peur de me voir repartir, à Paris, pour tout recommencer à zéro en pariant sur une incertitude inhérente à ce métier... et "comment allait être ma vie ? Quand allais-je construire une famille ?" Cette envie de nouveau départ (dans tous les sens du terme), a questionné pas mal de choses à l’époque : mon rapport à mes parents, la place de l’injonction culturelle et familiale, la difficulté d’être un adulte en devenir... Et puis au bout d’un an, je repars, presque poussée par un instinct de (sur)vie! 2009, Paris me voilà! Inscrite dans une école de théâtre - Acting International - pour 3 ans de formation. Une autre vie peut commencer!

 

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Quel a été ton premier rôle, ta première pièce de théâtre?

 

Dès que l'école s'est terminée, on a monté une pièce avec un collectif de comédiens et comédiennes: ça s'appelait "Les Disjonctés": une suite de sketches de 5 minutes chacun. Mon sketch s'appelait "Au poil"! J'y parlais des complexes, du fait que je suis méditerranéenne, libanaise, que j'ai une belle chevelure mais que ça ne vient pas sans rien: j’ai les poils qui vont avec :)) et ça m’a longtemps complexée. Grâce à l’auto-dérision de ce sketch, j’ai un peu désacralisé la chose, j’en ai fait quelque chose de drôle et de positif, et l’adolescente complexée qui était en moi a fait la paix avec ça!
On a joué "Les Disjonctés" au BO Saint-Martin, puis au théâtre des Blancs-Manteaux pendant un an, on a aussi monté des pièces de Feydeau à la Comédie Saint-Michel, et puis finalement la troupe s'est délitée et on s'est séparés. Après cela j'ai fait des castings (pour la premiere fois!), et j’ai eu la chance de jouer dans pas mal de comédies - c’est d’ailleurs une sacrée école ! Puis il y a 3 ans j’ai fait une belle rencontre: un metteur en scène qui montait "Les Monologues du Vagin", de Eve Ensler. C’est une pièce géniale à défendre pour une comédienne. Elle parle de la Femme à travers la sexualité, la culture, la société, le secret... elle touche, on pleure et on rit!
On l’a jouée en province pendant 2 mois avec des nanas extras, tant professionnellement que humainement; dont une super rencontre, Cécile Marx, avec qui une grande amitié est née ! Elle a d’ailleurs récemment réalisé un court-métrage ironico-réaliste qui sortira bientôt ("Claque la porte derrière toi"), joué entre bande de potes/comédiens. On aime l’idée et on nourrit l’envie de créer une véritable famille artistique.

Tu as des cheveux magnifiques.. D'où te viennent-ils, et tu as quelle relation avec eux?

Cela vient des deux côtés, un vrai mix. Chez les Libanais, il y a de tout, bruns, roux, blonds... Ma mère est blonde aux yeux bleus, et elle a des cheveux incroyables, hyper longs, ondulés et avec beaucoup de matière - elle se les lisse, ils sont très longs et très beaux; mon père est brun, mat, et avait une belle chevelure dense et très frisée. Et je suis le mix de cela: entre l'ondulation et les cheveux très frisés! C'est curieux car mes cheveux ont commencé à boucler à 12-13 ans: avant, ils étaient lisses. Au départ j’ai eu un peu de mal, je ne savais pas comment faire avec, même si je connaissais d’autres "bouclées/frisées" Hahah, mais les libanaises se lissent les cheveux en général. J'étais une des rares à accepter les boucles, je n'ai jamais voulu les lisser. Ensuite, j'ai vite compris que c'était une vraie force: dès que j'allais quelque part on me parlait de mes cheveux (moins à Dakar, ce n’est pas autant une originalité), mais arrivée Bordeaux à 17 ans, là j’ai halluciné et j'ai pris conscience de ce qu'étaient mes cheveux, car on me faisait énormément de compliments! Je me suis rendue compte que c'était mon identité, ma force... Cela renvoie à la femme orientale et africaine que je suis, à mes racines, et j’en suis fière!

 
Les 3 questions qu'on pose à toutes nos Shaeri girls:

 
Quel est ton #hairtop?

Quand je suis arrivée à Bordeaux à 17 ans, on m'arrêtait souvent dans la rue pour me faire des compliments sur mes cheveux. Au debut j'étais gênée, j’ai mis quelques années à être à l’aise avec ces compliments "spontanés" de rue, mais aujourd’hui je les reçois avec toute la positivité qu’ils envoient!
 

Et ton #hairflop ?

 
J'en ai deux: le premier c'est à 12 ans, quand je me suis faite une coupe à la garçonne - alors que c'était pile le moment où mes cheveux commençaient à boucler... et du coup, ça arrivait qu'on m'appelle 'jeune homme' quand je rentrais dans un magasin! Et puis la repousse, la transition, c'était la cata...

Et mon deuxième hair flop, c'était il y a un an au restaurant Vava à Montmartre, avec mon compagnon de l'époque: il y avait une bougie au milieu de la table, et en m'approchant pour parler de plus près, mes cheveux ont pris feu..! Ça a été hyper vite... heureusement j’ai pu stopper le début de cet embrasement capillaire en tapant des mains (Hahhaha), du coup ça a juste fait une sorte de dégradé... mais c'est allé hyper vite, ça sentait vraiment le brûlé dans tout le resto... j'ai d'abord flippé, et puis ensuite, grand fou rire!

Et as-tu un #hairtips ?

 
Se baigner dans la mer! Je n'aime jamais autant mes cheveux que lorsque que je me baigne dans la mer au Sénégal! Et pour les nourrir, car ils sont très secs, je mets de l'huile de coco naturelle, que je mélange avec de l'huile de jojoba et d'avocat aussi. C'est génial pour éviter les frisottis! 

Enfin, dernière question: quelle est ton actualité? 

Je joue actuellement dans "Jamais le deuxième soir!", au théâtre Le République: une comédie décapante sur les relations hommes-femmes, pleine d'auto-dérision! 

 Shaeri ❤️ Shéraze