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Leï, un être libre !

21 février 2019
Par Meryem

Raïssa Leï, c'est une danseuse pas comme les autres!

 

Alors, Raïssa, dis nous, qui es-tu?


Mon nom d'artiste "Raïssa Leï" est une combinaison du mot Raïssa qui signifie présidente et directrice de troupe, que l'on m'a donné au Maroc en tant que présidente de l'association Diaspor'Arts Marocaines et directrice de la troupe Kif-Kif Bledi.
Leï est le diminutif de Leïla, surnom que l'on m'a donné il y a une quinzaine d'années quand j'ai commencé la danse hiphop. Je suis artiste danseuse et chorégraphe spécialisée dans les danses traditionnelles d'Afrique du Nord, le Waacking - style funky des années 70 venant de Los Angeles, et j'ai créé une fusion de ces deux styles également.
En parallèle je mène une carrière d'ingénieure en informatique et mathématiques appliquées depuis une dizaine d'années. Je suis d'origine marocaine d'Oujda, née à Paris 20ème, issue d'une tribu amazigh (berbère) zénète.

Et cette passion pour la danse, comment est-elle née?

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J'ai toujours été fascinée par les fêtes au Maroc où l'on dansait en famille ou juste entre femmes, j'ai encore des souvenirs vers 4-5 ans sur le "stah" (toit de la maison) où l'on dansait le soir pour un mariage ou fête, la soeur de ma grand-mère m'ayant particulièrement marquée par sa dextérité dans les danses de nos régions.
En France, c'est une petite danseuse classique vue à la télé qui m'a donné le déclic, j'ai dit à ma mère à 6 ans "je veux faire ça". Etant issue d'une famille modeste, nous bénéficions d'une bourse municipale pour des activités de sport et danse. Ma grande chance a été que le lieu de danse le plus proche de notre domicile était le conservatoire Georges Bizet du 20ème arrondissement. 
J'ai donc pu bénéficier d'une formation de haute qualité en danse modern'jazz de mes 7 à 18 ans. Notre professeur nous amenait aussi des enseignants de danses du monde : danse indienne, africaine, charleston, orientale, gypsy.
A 18 ans j'avais déjà une soif des danses du monde et des expériences de scène. J'ai toujours voulu aller plus loin en me mettant ensuite à fond dans le hiphop, la funk étant mon style musical préféré (j'ai 3 grands frères nés dans les années 70).
J'y ai alors découvert le Waacking peu développé en France et j'ai voyagé aux Etats-Unis, au Japon et en Europe pour me perfectionner.
J'enseigne le Waacking à Paris depuis 9 ans. Et en parallèle j'ai eu un retour aux sources, constatant que les danses traditionnelles d'Afrique du Nord, en particulier amazigh (berbères), n'étaient ni valorisées, ni programmées dans des théâtres, ni largement enseignées en Europe, la plupart des personnes associant cela à la danse orientale.
C'est ainsi que je développe mon travail autour d'enseignements et spectacles de danses traditionnelles d'Afrique du Nord et du Moyen-Orient via ma troupe Kif-Kif Bledi ou en solo, en France et à l'international.


 

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Parles-nous de ton dernier spectacle « Les figues de Berbérie »? D’où vient ce nom?

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Les Figues de Berbérie est un détournement du nom Les Figues de Barbarie. Autrefois l'Afrique du Nord était nommée la Berbérie héritant du mot "barbarus", qui signifie "l'étranger" ou "celui dont je ne comprends pas la langue" en grec et en romain.
Ce n'est que vers l'Antiquité, suite à différentes invasions de plusieurs peuples, que le mot barbare a pris sa signification actuelle de sauvage / agressif.
Les Figues de Berbérie est donc une pièce dansée de 60 minutes qui rend ses lettres de noblesse au peuple amazigh d'Afrique du Nord qui comporte une dizaine de pays. L'approche chorégraphique est contemporaine en utilisant des gestuelles amazighes strictement traditionnelles.
Nous y racontons l'unicité initiale de notre peuple puis les scissions liées aux différentes invasions et colonisations qui ont constitué les pays et frontières que nous connaissons aujourd'hui.
Ainsi, chacun peut se questionner sur ses propres origines et ce que nous pouvons chacun initier pour faire perdurer notre large patrimoine culturel immatériel.

 

Quelles sont tes sources d'inspiration ?

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Mes sources d'inspiration sont principalement familiales. Nous avons toujours eu des femmes fortes, courageuses et avec du caractère dans la famille, et les hommes de la génération de mes grand-pères et au-dessus étaient des résistants et des guerriers. Ensuite étant d'Oujda à 15km de l'Algérie j'ai une double culture maroco-algérienne. Les artistes qui m'ont marquée sont les Raïssas Chleuhs du Maroc de l'Ouest: Aïcha Tachinouite, Raïssa Tabamrant, Fatima Tihihite, Raïssa Kelly, les chanteurs de ma région: les frères Bouchenak, Hassan El Berkani, Talbi One. Egalement les stars du chaabi marocain: Najat Aatabou, Daoudia, Tahour. Côté Algérie : Cheikha Rimitti, Warda, Lounès Matoub, Malika Domrane, Taous Amrouche, l'ONB, Rachid Tahar.

Mais aussi dans les années 90 j'ai eu une forte influence de groupes de new jack et funk: les BlackStreet, Teddy Riley, Shalamar, Delegation...

Et plus récemment je suis très inspirée par les mouvances musicales electro-arabes ou d'Afrique du Nord car cela correspond à ma fusion de danses : Ammar 808, Acid Arab, Hello Psychaleppo, Emel Mathlouti.

Sinon j'adore voir des spectacles de danses d'autres pays comme l'Ukraine, la Thaïlande, Tzigane et lire des contes traditionnels.

Être berbère, ça veut dire quoi pour toi?

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Etre berbère avant tout c'est être amazigh, ce qui veut dire littéralement "un être libre". Ensuite c'est être héritière d'une civilisation dont nous avons des traces depuis 10 000 ans avant Jésus-Christ. Malgré les invasions, les colonisations, les exodes, l'immigration vers l'Europe, nous sommes parvenus à préserver nos traditions, nos coutumes et notre langue sans quasi aucun écrit, ce qui est exceptionnel.
Je m'inquiète aujourd'hui de la perte de ce patrimoine via l'explosion de la bulle familiale et le désintérêt des jeunes générations pour les traditions au profit des nouvelles technologies.
Heureusement le Maroc, l'Algérie et la Tunisie par exemple développent la promotion de festivals, moussems et noubas afin de maintenir nos traditions.

Parles-nous de ton rapport à tes cheveux? tu les aimes, beaucoup, passionnément, à la folie?

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J'aime mes cheveux à la folie :) Du côté maternel toutes les femmes ont les cheveux très lisses, fins et soyeux, un peu comme des indiennes d'Amérique. Du côté paternel, beaucoup de masse!
J'ai donc un mélange des deux. J'ai voulu essayer de les boucler mais ca ne tenait jamais, mon seul moyen est de les dompter avec un soin lissant à base de protéines de soie une à deux fois par an.

On a 3 questions classiques :

Ton #hairtop
Je n'ai jamais fait une seule coloration sur mes cheveux et j'utilise des shampoings sans sulfates, cela se ressent sur leur qualité.

Ton #hairflop
Se faire une frange sur le front pour suivre la mode! Je l'ai fait une fois et j'ai mis des pincettes pendant plusieurs mois pour la camoufler tellement je n'étais pas à l'aise.

Ton #hairtips
De l'huile de figue de barbarie pour les pointes avant (ou après à sec) le shampoing, et un spray vivifiant à base de pépins de raisins et thé vert après le shampoing :)

 

Shaeri ❤️ Raïssa Leï